Après 5 ans d’activité en tant que photographe indépendant en France, je souhaiterai faire le point sur mon expérience personnelle et sur ce que je pense du statut actuel du métier en France. C’est un point de vue totalement personnel que je livre, il est basé sur tout ce que j’ai pu vivre.

Photographe de Mariage, un métier qui en vaut la peine?

Etant photographe mais aussi salarié dans un labo photo, j’ai des contacts avec beaucoup d’autres photographes. Chez nous les photographes apprécient beaucoup discuter avec les employés et livrer leurs expériences du métier. Je reçois également pas mal de mails de personnes souhaitant démarrer cette activité, mais hélas aussi de personnes voulant arrêter. Donc quel bilan en tirer? Commençons par le commencement:

1-Débuter une activité de photographe de mariage

C’est l’une des grandes difficultés du métier, commencer trouver ses premiers clients? La plupart du temps, c’est par le bouche-à-oreille. Vous appréciez prendre des portraits de vos amis ou votre famille, on vous compliment sur vos photos, et vous vous dîtes pourquoi pas essayer d’en faire un métier. Les premiers clients seront souvent des amis d’amis ou un membre de la famille. Si vos premières prestations plaisent, on vous recommande à d’autres personnes, et l’effet boule de neige peut alors prendre place. C’est ce qui m’est arrivé, la première année j’ai photographié 8 mariages grâce au bouche-à-oreille. L’effet boule de neige fonctionnera toujours durant les années qui vont suivre jusqu’à la fin de votre carrière, mais il ne faut pas compter que sur ce moyen de diffusion de votre travail pour booker tous vos weekends. D’après moi il représente environ 1/3 de vos clients.

2-Créer un site web portfolio et être présent sur les réseaux sociaux

Après avoir obtenu ses premiers reportages il faut ensuite créer un site web pour diffuser son portfolio sur internet et les réseaux sociaux. A ce sujet il est impératif d’en posséder un en 2016, je connais des personnes qui ne s’en occupent pas du tout, et le résultat est sans appel, il a moins de travail. Nous sommes dans l’ère d’internet, tout le monde ou presque possède un téléphone et surfe via son mobile ou sa tablette, sans présence internet c’est beaucoup de potentiels clients que vous ratez. Gérer un blog est aussi très important voir vital pour l’expansion de votre marque de fabrique car il sert à vous montrer en tant qu’expert dans le domaine d’activité que vous exercez. Michael Port en parle très bien dans ses différents séminaires. Exemple: J’ai écrit un test sur les piles Eneloop que j’utilise quotidiennement, et la société Eneloop m’a contacté afin que je teste d’autres piles de leur collection. Bon ok ce sont des piles AA, mais ce sont les piles que tous les photographes utilisent. Indirectement vous exprimez votre point de vue d’expert dans le domaine de la photographie et tout ce qui gravite autour. Une nouvelle société m’a contacté il y’a quelques jours afin que je teste leur matériel, ce sera l’objet de plusieurs articles sur le travail en mobilité, sujet important pour les photographes indépendants.

3-Si vous avez les moyens, faire les salons du mariage

Un seul Salon du Mariage suffit par an, et si vous avez un travail de qualité, vous pourrez remplir presque toutes vos dates libres. Je dis libres car les salons vont vous permettre de signer environ 1/3 de vos dates également. Les 2 autres tiers étant pris par le bouche-à-oreille et la présence web. Mais la tendance commence un peu à changer. J’ai la sensation que les Salons deviennent de plus en plus concurrentiels et que les contrats se répartissent sur plus de prestataires. Cela fait donc moins de travail pour tout le monde. De plus le prix d’un stand étant en constante augmentation, il devient de moins en moins rentable de participer. Pour ma part j’ai toujours rentabilisé mon stand, mais l’année prochaine j’ai décidé de ne plus le faire. Peut être en 2018. Un salon ça se prépare longtemps à l’avance. Il faut sélectionner les meilleures photos à imprimer en grand et à accrocher sur les murs, puis il faut réaliser des livres album, concevoir des accessoires, sortie des dépliants avec vos tarifs. Bref, tout un travail de mise en place. Après 2 jours intensifs de salon les futurs mariés ne reviennent pas forcémment de suite vers vous. Ils souhaitent regrader tous les dépliants qu’ils ont amassés la tête reposée. Il arrive que des futurs mariés me contactent un an après m’avoir rencontré. Donc armez vous de patience. Il peut arriver qu’ils signent sur place mais c’est très rare.

Voila comment débuter une activité de photographe de mariage. Et après? Il faut maintenir le bateau à flot et continuer à nourrir son travail:

1-Ecrire des articles de blog

Être présent sur le web sera toujours vital en 2016. Et écrire des articles de blog doit être un travail du quotidien. Vous n’êtes pas obligé d’écrire un article tous les jours, mais dès que vous prenez un rythme il faut s’y tenir. Les articles de blog servent à référencer votre site web sur différents mots clefs liés au mariage, et vos futurs clients peuvent tomber dessus par hasard. Vous pouvez écrire sur tout ce qui est lié au mariage: salles de réceptions, cérémonies, matériel photo, vie au quotidien, etc… Des sujets il y’en a des tonnes et vous pouvez en faire des listes entières. Pour ma part je trouve de nouveaux sujets tous les jours, ma liste est assez longue pour écrire toute l’année durant. Malheureusement je connais des professionnels qui détestent écrire, ou tout simplement entretenir un site web. L’informatique ça leur sort par les trous de nez, à entendre parler ils veulent juste casser le clavier. C’est bien dommage, moi je détestais aussi mais quand j’ai su que ça allait être une arme des plus importantes pour ce métier je m’y suis forcé, et aujourd’hui j’adore. Donc retenez bien, articles et SEO sont vos meilleurs armes internet.

2- Continuer à développer votre style

Une fois que vous avez passé l’étape des débuts, vous avez le matériel et les finances pour penser autrement. Et développer de nouvelles idées de prise de vue, c’est la prochaine étape. Inspirez-vous du travail d’autres photographes, liez-vous d’amitiés avec d’autres experts de cet univers, échangez vos carnets de clientèle (je le fais tout le temps avec une photographe). A vous de faire les démarches pour mieux connaître votre domaine d’activité, les principaux leaders et les possibilités d’évolution.

3-Atteindrez-vous les 5 ans de business plan?

C’est très important de fixer un business plan sur 5 ans. Définissez l’objectif final, mais regardez sur le court terme de ce qui est réalisable. Moi j’ai atteint et même dépassé mes objectifs d’origine au bout de 4 ans. J’en suis extrêmement content et je continue de cherchez plus loin sans être idéaliste. Il y’a toujours de la place pour évoluer si vous faites le travail nécessaire?

Et le travail à mi-temps?

Voila le sujet qui peut fâcher. Normalement si vous avez un travail de qualité et que vous faites le nécessaire pour vous faire connaître, vous devriez pouvoir vivre de la photographie. Hélas toutes les histoires ne sont pas comme cet idéal. La réalité c’est que malgré tout cet effort il y’a toujours des professionnels qui en vivent qu’à moitié et sont obligés d’effectuer un travail alimentaire pour subvenir à leurs besoins. Comment cela se fait-il? Et bien après discussion avec beaucoup de photographes, plusieurs raisons peuvent illustrer cette réalité:

1-Le numérique a fait chuter la demande

C’est vrai, qu’on le veuille ou non, le demande a fortement baissé, mais pas la demande, qui au contraire augmente. La facilité d’accès à un appareil photo, l’ouverture facile d’une société (micro entrepreneur) ont fait poussé des photographes en herbe dans les 4 coins de la France. Mais avec la forte concurrence les prix ont baissé et certains mariés ne font même plus appel aux services d’un professionnel tant ils sont perdus par l’énorme offre disponible sur le marché. Des fois ce sont les oncles ou cousins qui prennent ce rôle. Une fois j’ai entendu l’histoire d’une mariée qui disait qu’il valait mieux acheter soi-même un appareil photo, le laisser à un membre de la famille durant le jour J puis récupérer et les photos et l’appareil. D’une pierre deux coups.

L’année 2016 est particulièrement touchée par cette baisse de demande. 3/4 des photographes qui passent à mon labo me disent avoir moins de travail cette année. Ceux qui ont vu leur carnet de commande augmentée se comptent sur les doigts d’une main. Pour ma part j’ai aussi vu la demande baisser légèrement, même si je travaille toute l’année.

2-Il y’a une trop forte offre par rapport à la demande

Comme dit précédemment, la très grande facilité d’accès à l’ouverture d’une micro entreprise a fait pousser des photographes partout en France. Certains s’en sortent très bien d’autres beaucoup moins. J’ai échangé avec quelques photographes au labo, à peine 2 ans après le début de leur activité ils décident d’arrêter définitivement l’aventure, les raisons principales sont le manque de prestations mais aussi le refus de payer les sommes demandées par le photographe. Aussi dans les Salons du Mariage j’ai vu une forte augmentation du nombre d’exposants photographes comparés aux année précédentes. Les contrats sont répartis sur plus de prestataires, cela fait donc moins de travail pour tout le monde. C’est aussi pourquoi j’ai décidé d’arrêter le Salon de 2017, il est peut être temps de partir sur de nouveaux moyens de communication.

Parmi l’arrivée des nouveaux photographes il y’en a qui sont très bons. Leur style est affirmé et unique, c’est sans aucun doute qu’ils trouveront des prestations. Mais encore une fois, trouveront ils assez de contrat?

3-Ce métier n’est pas fait pour tout le monde

Être photographe indépendant en 2016 c’est un métier où il faut tout faire soi-même: Prendre les photos, gérer sa comptabilité, faire du marketing, mettre à jour son site web, développer sa présence sur les réseaux sociaux, aller aux rendez-vous, développer des relations de partenariat, tester de nouvelles idées. Gérer son planning est aussi vital. Personne n’est derrière vous pour vous motiver, donc il faut être très indépendant et opportuniste. A l’époque de mes parents la plupart des boutiques fonctionnaient avec pignon sur rue. Une fois votre société installée dans une bonne rue c’était en général suffisant pour avoir de la clientèle. Aujourd’hui une grande partie du commerce se fait via internet, donc ne pas utiliser cette voie de communication c’est juste aller droit au mur. Qu’on le veuille ou non c’est comme ça que fonctionne le monde du travail de 2016. Il faut être présent là ou sont les gens.

Conclusion: Les bons photographes auront toujours du travail

Malgré le nombre croissant de photographes sur le marché et la baisse de la demande, je pense au final qu’un bon photographe qui sait promouvoir son travail aura toujours du travail. Je connais beaucoup de personnes faisant ce boulot en tant qu’apport pour arrondir les fins de mois, et cela peut nuire à l’image du métier si ce n’est pas fait correctement (forte baisse des tarifs, travail de qualité médiocre). C’est un travail à mi-temps pour beaucoup d’entre nous c’est vrai, en semaine ils font une métier tout autre que celui de la photo, mais tant que c’est réalisé avec passion je ne vois pas où est le problème. Les photographes à plein-temps que je connais ont un travail remarquable et on sait pourquoi leur agenda est rempli: les images parlent d’elles-mêmes.

J’espère juste que la demande ne va pas baisser car nous sommes beaucoup d’acteurs dans le milieu et toute la chaîne des métiers peut être touchée. Si un photographe a moins de commandes, il fera moins travailler un labo photo, et le labo fera moins travailler ses fournisseurs. C’est donc des emplois en moins partout. Il faut donc que les photographes qui se lancent dans ce magnifique métier aient conscience de cela et doit redorer l’image de leur photographie au lieu de casser les prix et réaliser un boulot de qualité médiocre. C’est je pense un premier pas à réaliser. Après il ne faut pas se leurrer, le numérique a complètement transformé ce monde et il faut exploiter de nouveaux canaux pour pouvoir vivre de ses images. Je vais conclure avec ce que je disais déjà au début de ma carrière, c’est encore valable aujourd’hui: Le photographe ne tue pas le marché, il se tue lui-même.

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