Avant de commencer, je voudrais dire que je suis photographe indépendant et que je fais aussi partie de ceux qui peuvent échouer. Pour le moment tout va bien, mais on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, surtout avec ce métier qui est l’un des plus beaux, mais aussi l’un des plus insécuritaires qui soit.

Être photographe indépendant pourquoi la plupart échoue

J’ai eus une conversation extrêmement épineuse avec quelques amis de mon réseau Facebook. Elle a été lancée par mon cher Shable Menelis. Je vais reprendre son post d’origine puis développer le sujet:

Shabe Menelis: « Je vais (re?)lancer un sujet épineux… Qui dérange un peu tout le monde , mais j’aimerais comprendre ceci : 
Pourquoi les bons photographes (make up, hairstylist et j’en passe) acceptent de bosser pour des agences gratos pendant des mois (peut être des années qui sais) , tout en étant payés une misère (voire pas du tout) , et tout en sachant pertinemment qu’ils se font exploiter jusqu’à la moelle ? 
Peut être que je soulève un tabou mais je trouve ça triste . Après tout … Tout travail mérite salaire.. .Et tout talent … Mérite reconnaissance non? »

Ce sujet fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux, et malheureusement ce sera toujours le cas. Je suis en train d’écrire toute une série d’article sur le fait d’être indépendant (en général), mais cet article sera surtout dirigé vers les photographes.

Si vous recherchez un photographe pour une prestation, personnelle ou professionnelle, vous vous êtes sûrement trouvé dans 3 situations différentes:

1/ Vous ne savez pas par où commencer votre recherche car vous connaissez personne.

2/ Vous ne savez pas par où commencer car vous trouvez TROP de propositions.

3/ Vous avez trouvé LE BON photographe qui réalisera votre prestation comme vous le souhaitez.

En 2014, il est très probable que vous vous retrouviez dans la deuxième situation, car des photographes, il y’en a juste des tonnes sur le marché, moi y compris. Et dans toute cette jungle de propositions qui saturent le marché, chacun cherche sa place, ou du moins cherche à se démarquer. En tant que créateur d’image, le photographe , pour la plupart indépendant, a reçu une formation de l’image suite à des études, ou s’est lancé en tant qu’autodidacte. Et hop, après inscription à la chambre des métiers, il peut maintenant facturer ses prestations à ses clients. Clients vous dites? Mais qui, quoi, comment?

Qui: selon son activité, photographe de mode, mariage, paysage, sport, animalier ou autres, il n’aura pas les mêmes interlocuteurs. Il lui faudra définir précisément dans quel domaine de la photo il souhaite se développer pour savoir qui seront ses futurs clients.

Quoi: C’est ce que vous vendez, votre prestation. Chacun possède sa manière de prendre ses clichés, on n’est d’accord sur ce point. On appellera ça le « style » du photographe. Il y’a ensuite ses offres qui doivent êtres adaptées aux besoins de ses clients, dont le prix, la quantité de clichés, la durée, les délais etc.

Comment: Par quel biais commercialise-il ses prestations? Les réseaux sociaux, un site web personnel, une boutique physique avec pignon sur rue ou autres?

Avec ces éléments réunis, le photographe indépendant aura beaucoup d’atouts en sa faveur pour réussir son projet professionnel. MAIS il y’a un MAIS. Et pas qu’un petit MAIS. Tout ce travail réalisé n’est que le sommet de l’iceberg, le plus gros morceau reste à venir. Les « qui, quoi, comment » sont le minimum syndical de ce qu’on appelle le business plan. Et j’insiste sur les mots minimum syndical. Ce sont en quelque sorte les fondements de toute société, sans eux il y’a rien. Maintenant que les fondations sont construites, le client va venir se poser dessus et va vérifier si elles sont solides. Au moindre mouvement, grincement ou instabilité de ces fondations, il peut s’envoler et disparaître à jamais. En revanche si elles sont bien solides et si le client se sent bien dessus, il va alors donner une chance au photographe de gagner sa confiance, et par la suite d’engager une conversation commerciale avec lui. Et c’est souvent à ce niveau d’étape que la plupart des photographes (et tous professionnels indépendants) se cassent littéralement la figure, ce qui entraîne dans le pire des cas à la clé sous la porte. Comment faire en sorte de mettre le client en confiance et d’aller jusqu’à la signature du contrat?

Dans le cas du sujet lancé par Shabe Menelis, il me semble que certaines fondations ne sont pas respectées. Revenons aux base: Le prestataire c’est le photographe, la make up artist ou hairstylist, le client c’est l’agence (mannequin, photo etc). Il y’a la prestation et la demande de prestation. Il devrait donc y avoir la prestation et la rémunération n’est-ce pas? Mais malheureusement, dans les fondations du prestataire il manque toujours un élément crucial qui fera la différence, donc de faire signer un joli contrat avec l’agence. Et cet élément crucial, c’est la confiance en soi. Sans elle, vos fondations sont très fragiles et instables, et sans elle, le photographe ou artiste risque de perdre tous les potentiels clients avec qui il a la chance d’avoir une conversation commerciale. Je développe:

-Avoir la confiance de demander rémunération: Le prestataire réalise une prestation, donc c’est à lui de fixer la rémunération adéquate. Tout travail mérite salaire. Sans rémunération (ou avec sous-rémunération) il risque la vie de sa société, JAMAIS celle de son client. Si l’agence refuse de le rémunérer, c’est très simple, IL FAUT ALLER VOIR AILLEURS.

-Avoir la confiance de dire non: Il ne doit absolument pas accepter la moindre occasion de travail sous prétexte qu’il y’a trop peu de projets. Il faut accepter les bonnes prestations et non toutes les prestations. Même si c’est bien payé, il faut avoir à l’esprit que le refus est toujours une possibilité.

Les conséquences de ne pas dire non: Non seulement il ne gagnera pas la confiance d’autrui et risque de manquer de belles prestations, mais en ne disant pas non, il attirera tous les charognards qui profiteront de ses talents jusqu’à la dernière goutte avant de le jeter comme une vielle chaussette pour passer à quelqu’un de plus dynamique mais tout aussi crédule et naïf. Et j’en parle en connaissance de cause (j’ai été moi-même exploité ).

Je conclurai de la manière suivante pour la citation de Shabe: C’est la faute au prestataire et non à l’agence de se retrouver dans une situation de sous-rémunération ou non-rémunération. Des charognards il y’en a toujours eus beaucoup dans notre monde, et ils profiteront toujours des personnes crédules et naïves afin de les exploiter. Le problème c’est que le charognard est un grand charmeur, il sait manipuler les mots avec si belle aisance qu’il peut vous faire croire tout et n’importe quoi. J’en ai fait les frais avec un pseudo-réalisateur qui m’a fait dessiner plus de 500 images de story-board avant de disparaître dans la nature. J’étais encore étudiant heureusement, mais je n’ai jamais récupéré mes dessins. Et pourtant il me faisait croire que je deviendrai un grand story-boarder et qu’il me ferai profiter de son large réseau professionnel. Bref, il est donc difficile de discerner les charognards au premier abord tant ils se cachent bien derrière leur masque.

Pour terminer la première partie de ce sujet, 2 expressions me viennent à l’esprit. La 1ère, vous la connaissez: « Tout travail mérite salaire ». La deuxième vient de Zack Arias à propos de travailler gratuitement ou en étant sous-rémunéré: « Ce n’est pas le marché que vous tuez, c’est juste vous ».

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